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Harcèlement moral au magasin de Tati Barbès : six mois de sursis requis contre l’ex-directrice

By 19 juin 2018novembre 28th, 2023Actualités
Tati

Les collègues et amies de France Javelle paraissent encore sous l’empire de l’effroi causé par son suicide.

L’ex-directrice adjointe du magasin Tati de Barbès a été découverte le 8 janvier 2012 suicidée sur son lit imprégné de sang, gisant parmi des lettres désespérées où elle avait écrit tout le mal qu’elle pensait de sa supérieure. Les caissières, vendeuses, cheffes de rayons, qui ont employé devant les enquêteurs des mots durs pour caractériser l’attitude de la directrice, ne parviennent pas à reproduire leur discours, ce vendredi 15 juin, à la barre de la 31e chambre correctionnelle. « Despote, autoritaire, Gestapo, ce sont des termes très violents et exagérés », relève la présidente. L’ex-directrice, Catherine C…, jugée pour harcèlement moral à l’encontre de France Javelle, écoute ces paroles, figée sur sa chaise, les yeux dans le vague. Elle est translucide. Elle ne regarde pas la témoin. La témoin ne la regarde pas et dit : « Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire qu’elle était sympathique ». La présidente l’aide : « Était-elle hautaine ? — Elle était très hautaine », répond la témoin. Voici la seule description raisonnable du caractère odieux de Catherine C… que la présidente parviendra à extirper de la meilleure amie de France Javelle.

Catherine C…, sur l’autel du profit, fut le bras armé d’un management sans scrupule et dépourvu d’égards pour les salariés de ce magasin si particulier, où les salariés se connaissent et se côtoient, où ils forment pour ainsi dire une famille. Elle incarne la violence économique et la folie commerciale dans des proportions extraordinaires. Par exemple, à Tati, il fallait réagencer les rayons et redisposer les produits en fonction du chiffre d’affaires annoncé chaque demi-heure par un ordinateur, impitoyable machine qui imposait un rythme effréné et malsain aux salariés. Il faut ainsi imaginer ce magasin où le fouillis règne, composé de bacs où l’on farfouille avec frénésie, dans lequel des employées (car ce sont presque toutes des femmes) se débattent pour installer un ordre minimal et ainsi faire croître les bénéfices, sous la pression impitoyable du robot. D’une certaine manière, Catherine C… était aussi la victime d’un tel système. Mais elle était surtout perçue comme l’artisane du malheur de France Javelle.

Les cadres de la boîte n’ont pas une opinion négative de leur ancienne patronne, rien à signaler, surtout pas un comportement de harcèlement envers la victime. Ils semblent neutres, déconnectés de ces problématiques, au contraire des « petits », qui sont les amies de France Javelle. Elle a commencé en bas de l’échelle, en 1987, et n’a jamais rompu les liens avec celles qui sont restées au modeste statut d’employées en caisse, par exemple, et n’ont pas connu sa progression (qui est tout à fait remarquable, car France Javelle